Les pas comme nous
L'élevage des petits humains n'est pas épargné par les écoles de pensée semblant préconiser une certaine régression. Il y a comme une espèce de mythe du retour à la nature qui titille l'imaginaire de certains parents, à divers degrés, et qui les amène à faire des choix un peu anachroniques. C'est pas nécéssairement une mauvaise chose, faut croire que ça marche pour certains. Loin de moi l'envie de dénigrer leurs pratiques : je voulais juste faire un petit tour d'horizon ici, pour qu'on rize d'eux ensemble (quand même), question de faire diversion auprès de ceux qui nous trouvent saugrenus d'avoir adopté les couches coton, question aussi de m'énerver gratuitement contre les intégristes qui forment le noyau dur de certains des ces mouvements, et aussi parce que je suis en train de rédiger la partie "état de l'art" de ma thèse, ce qui me met de toute façon dans un mood à faire des tours d'horizons en même temps que des phrases qui n'en finissent plus.
Vous frissonnez toujours à l'idée de laver une couche bien grasse? Bon, nous on ose croire que c'est un choix économique et aussi un peu écologique - des couches sales, ça te remplit une poubelle vite fait. Mais y en a des pires, qui suggèrent carrément aux parents d'apprendre à reconnaître les signes précurseurs du vidage des ballasts afin d'éliminer tout bonnement l'usage de couches... Ce qui implique que les convertis à ce Mouvement de la Foufoune Libérée doivent, déjà, avoir leur enfant (ou alors une serpillère) dans leur champ de vision en quasi-permanence. Reposant.
Une autre pratique qui devient populaire, à propos du dodo cette fois, est ce qu'on appelle le "co-sleeping", qui suggère que le bébé dorme avec ses parents durant ses deux premières années. Il paraîtrait que ça réduit le risque de mort subite, ça fait des enfants moins stressés, plus sûrs d'eux à l'âge adulte; mais quand même, les études sur le sujet sont pas très clean à mon avis. On sait depuis toujours que le manque d'amour et d'encouragement de la part des parents a un impact sérieux sur l'estime de soi et le niveau de stress des enfants; et on peut facilement imaginer que de manière générale, les parents nuls ont de moins fortes chances de "co-sleeper" avec leurs enfants que les parents aimants. Donc les effets bénéfiques du co-sleeping viennent peut-être simplement de la plus grande proportion de "bons" parents parmi ceux qui la pratiquent... Mais bon c'est certain, ça doit rendre le coucher plus facile quand on a un petit qui a du mal à s'endormir. Par contre, je serais curieux de savoir l'effet que ça peut avoir sur la libido des parents, ou plus précisément sur la mise en pratique de celle-ci!
Encore autre chose : certains parents, beaucoup même, sont contre la tétine. Ça favoriserait les otites, développerait une dépendance, comprometterait l'allaitement au sein; un collègue, hyper anti-tétine, me disait : "La seule façon qu'a un bébé de s'exprimer c'est de pleurer, lui mettre une tétine c'est comme l'empêcher de parler". Soit. Mais si ton bébé pleure parce qu'il a envie de téter, sans nécéssairement avoir faim ? Avec Eulalie, les choses sont assez claires : lorsqu'elle a envie de téter, elle garde la suce, et quand elle a vraiment besoin de s'exprimer, rien a faire pour la lui faire tenir au bec. À part une agrafeuse. Mais elle aime pas trop.
Le dernier truc, qui est certainement celui qui s'approche le plus d'une religion, est l'allaitement prolongé. C'est-à-dire jusqu'à 2-3 ans. J'évoque le côté religieux de la chose car dans une bonne proportion des documents disponibles sur le sujet on s'appuie sur une espèce de mystique naturelle, décriant les forces corruptrices de notre méchante civilisation occidentale venant imposer ses prescriptions sur le comportement des mères, et mentionnant que dans les sociétés libres de cette néfaste influence (en Afrique par exemple), les enfants sont souvent allaités jusqu'à un âge avancé. Il y a aussi une bonne quantité de recherches qui, semble-t-il, montrent l'existence d'avantages réels pour la santé. Perso, moi j'dis, y font c'qu'y veulent, même si au fond de moi il existe un militant pusillanime pour le droit des pères à l'usufruit exclusif des poitrines maternelles après six mois. M'enfin.
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